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Réseau mariages forcés

Réseau mariages forcés

Les mariages forcés sont à resituer dans le champ des violences, ce n’est pas une question ethnique ou d’immigration.

N'hésitez pas à nous contacter si vous êtes menacé-e-s ou en contact avec une personne menacée de mariage forcé.

 

 

 

 

 

Ces situations sont liées à la question du contrôle du corps des femmes et du contrôle de leur sexualité. Les hommes qui en sont victimes – une minorité par rapport aux femmes - le sont aussi par contrôle de leur sexualité puisqu’il s’agit, dans la plupart des cas, de marier un homme qui serait présumé ou est homosexuel. Dans les rapports de domination des sociétés patriarcales, des pressions familiales pour le choix des conjoints ont toujours existées et existent encore en Europe.

Ceci dit, le mariage forcé est une violence essentiellement exercée à l’encontre des jeunes femmes issues de l’immigration et qui sont pour la plupart françaises. La problématique est la même dans les autres pays européens (colloque européen de Montpellier octobre 2010)

 

Définitions...

Si le mariage imposé par le groupe familial ou social est considéré comme une règle acceptable ou acceptée par les deux conjoints, on parle de mariage arrangé. Si le mariage est organisé par une famille qui ne se soucie pas du consentement de son enfant, c’est un mariage forcé. La frontière est parfois floue entre mariage arrangé et mariage forcé, car les pressions psychologiques pour obtenir un consentement sont parfois extrêmement violentes. Si le mariage forcé est consommé, il donne lieu à des rapports sexuels non librement consentis : c’est donc de viols répétés qu’il s’agit. Le mariage forcé a des conséquences désastreuses sur la vie et la santé physique et psychique des jeunes femmes : rupture des études, perte d’emploi, conduites à risques, états dépressifs, tentatives de suicide, violences conjugales.

La loi française ne reconnaît la validité du mariage qu’avec le consentement des deux époux. L’âge légal du mariage est de 18 ans pour les hommes et les femmes. Le consentement au mariage est un droit mentionné dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme : tous les pays qui ont signé cette déclaration doivent tendre à faire respecter ce droit.

Si des jeunes femmes (ou hommes) refusent la règle imposée par le groupe ou la famille, la loi doit les protéger.

Actuellement les dispositifs protègent mieux les mineur-e-s que les jeunes adultes.

 

Pourquoi le Planning Familial est-il tête du réseau mariages forcés à Strasbourg ?

De par ses pratiques, en particulier auprès des jeunes, le Planning Familial a été alerté il y a une dizaine d’années et a créé à Montpellier avec d’autres associations et institutions un réseau intitulé « jeunes filles confrontées aux violences et ruptures familiales » afin de construire des réponses adaptées en terme d’accueil, d’accompagnement et d’hébergement. Il est apparu très rapidement que ce réseau devait être national : d’abord parce que d’autres Plannings étaient également concernés par ces situations, ensuite pour permettre à certaines jeunes femmes de quitter leur région d’origine, par peur d’être retrouvées par leur famille qui les menace. Notre confédération nationale a obtenu en 2009 un financement du Fonds européen de l’intégration et du service des Droits des Femmes (qui dépend de la Cohésion Sociale) pour créer des réseaux régionaux de prévention des mariages forcés.

A Strasbourg, un réseau d’associations et d’institutions qui luttent contre les violences faites aux femmes existait déjà ; il se retrouve aussi dans la commission pour l’Egalite des Genres de la ville de Strasbourg et autour d’actions ponctuelles (25 novembre, 8 mars).

A cet important noyau se sont joints des associations de quartier, d’accès aux droits des jeunes et des institutions. Par exemple pour les jeunes femmes étudiantes et qui doivent changer d’université, le CROUS nous a rejoints ainsi que l’éducation nationale car la plupart de ces jeunes femmes sont encore scolarisées et l’éducation nationale est un partenaire important pour un travail de prévention.

 

Situations

Le réseau doit faire face à des situations très diverses. Parmi ces jeunes filles il y a celles qui ont eu connaissance du projet de mariage et viennent demander de l’aide pour y échapper, celles qui reviennent du pays d’origine de leurs parents où le mariage a été consommé. Certaines ont signé sous la contrainte des documents officiels pour éviter le conflit avec la famille et garantir leur retour. De retour en France elles viennent à l’insu de leur famille chercher des solutions pour échapper au mariage. D’autres ont signé des documents sans même savoir de quoi il s’agit. Et il y a celles qui ont été mariées en France et qui ont signé sous la contrainte un acte de mariage.

 

Hébergement

Pour les jeunes femmes qui doivent quitter leur famille et leur région la question de l’hébergement est primordiale. A Montpellier, le réseau a pu mettre en place un dispositif d’accueil et d’hébergement dans des familles d’accueil. Actuellement à Strasbourg, l’accueil se fait dans les CHRS (Centre d'Hébergement et de Réinsertion Sociale) du réseau.

Le Procureur de la République de Strasbourg fait partie de notre réseau et nous apporte son soutien au cas par cas. A chaque nouvelle situation, nous devons nous montrer imaginatifs, dans le but d'élargir encore notre réseau et de mieux pouvoir protéger les victimes.

 

Lien avec les violences conjugales

Certaines associations du réseau ne sont pas en contact direct avec les jeunes, mais elles constatent que nombre de femmes rencontrées pour des violences conjugales parlent d’un mariage dont elles ne voulaient pas. Dans des groupes de femmes, certaines mères commencent à discuter de cette problématique.

 

Femmes étrangères

La situation des femmes étrangères est encore plus complexe et difficile. Certaines sont en situation irrégulière quant au séjour, donc en situation de non droit. D’autres sont menacées de perdre leur droit au séjour s’il y a rupture du mariage. Elles sont aussi souvent menacées par le « chantage aux papiers ». Dans tous les cas, elles se retrouvent doublement victimes.

Prévention

La prévention est donc primordiale, qu’elle se fasse directement auprès des jeunes – et pas seulement chez ceux qui seraient potentiellement concernés – mais aussi auprès d’un public plus large. Comme c’est le cas pour toutes les violences de genre, ce travail de prévention se fait autour des questions d’égalité entre les hommes et les femmes, de déconstruction des systèmes de domination, de consentement et de rappel à la loi.

 

Les mariages forcés sont de moins en moins bien acceptés dans les sociétés traditionnelles. Que cette pratique violente apparaisse sur la scène publique révèle aussi une avancée pour ces jeunes femmes qui se battent non contre leur famille mais pour leur émancipation personnelle.