L'autre vie d'Adèle

Leïla Slimani a reçu le prix Goncourt en 2016 pour "Chanson douce". Une distinction qui nous a donné l'envie de découvrir "Dans le jardin de l'ogre", son premier roman paru aux éditions Gallimard en 2014.

05/01/2017
L'autre vie d'Adèle

Pour son premier roman, Leïla Slimani a choisi un thème aussi sulfureux que risqué : l'addiction sexuelle. Évitant les pièges du voyeurisme et de la fausse pudeur, elle aborde le sujet frontalement, sans détour ni complaisance, et plonge dans la frénésie permanente qui ronge le corps et l'esprit d'Adèle, mère de famille trentenaire obsédée par le désir d’être possédée. Décrits avec la crudité qui s’impose, les passages à l'acte s’avèrent souvent décevants pour la jeune nymphomane, comme si elle courait après un frisson originel à jamais perdu.

 

Dans le jardin de l'ogre fait aussi la peinture minutieuse d'une classe sociale et de ses errements. Avec la même acuité que l’on retrouvera ensuite dans Chanson douce, Leïla Slimani se livre à une dissection minutieuse des mœurs et des turpitudes de la bourgeoisie moderne, qui n’est pas sans rappeler le cinéma de Chabrol. Comme le réalisateur de La cérémonie, l’écrivaine récemment "goncourtisée" maîtrise aussi l'art de distiller le malaise dans des scènes de la vie quotidienne : sous le regard décalé de son héroïne, un simple repas de famille ou une banale sortie au parc se chargent d'une tension latente qui rappelle au lecteur que l’explosion n’est jamais loin.  

 

Déclinaison contemporaine d’Emma Bovary, Adèle est engluée dans un ennui bourgeois qu’elle tente en vain de fuir. Son addiction en fait aussi un être inadapté à notre société et à ses codes, qui essaie tant bien que mal donner le change et de s'intégrer, au moins en apparence, mais qui reste condamné à la solitude et à l'ennui. À travers ce personnage, Leïla Slimani tort également le cou au cliché mielleux de l’instinct maternel et dit la difficulté à être mère.

 

Exclusion, rapports de classes, maternité : effleurés dans cette première œuvre, ces thèmes seront au cœur du deuxième roman de l’écrivaine franco-marocaine, unanimement salué par la critique. Sous le titre grinçant de Chanson douce, ce récit glaçant s’ouvre sur un double infanticide. Décidément, Leïla Slimani n’a peur d’aucun tabou et ce n’est pas pour nous déplaire.

 

***

 

Située dans nos locaux du centre-ville de Strasbourg, au 13 rue du 22 novembre (entrée de l'immeuble rue Hannong), la bibliothèque est ouverte le vendredi de 17h à 19h et le samedi de 10h à 12h. En dehors de ces horaires, nous vous invitons à nous appeler avant de venir, afin de vous assurer de la disponibilité de nos locaux.

Envie d'adhérer ou de renouveler votre adhésion au Planning 67 pour nous soutenir et profiter de la bibliothèque ? Il vous suffit de cliquer ici !